L’auteur-compositeur-interprète, poète et écrivain Leonard Cohen. Avec le temps, Leonard Cohen est devenu un trésor national, qu’on tient aujourd’hui pour acquis. Un peu comme s’il avait toujours été à nos côtés. Qu’il parle de spiritualité ou qu’il se fasse intime, sa voix de baryton au ton confidentiel, infiniment plus profonde avec les années, semble résonner des catacombes précambriennes de l’âme. Mais cette voix, c’est aussi celle d’un artiste qui a pleinement conscience que ses jours sont comptés.
Le 21 septembre, Cohen a eu 82 ans. Un mois plus tard, il sort son 14e album studio, You Want It Darker, une méditation à la fois déchirante et passionnée sur la mortalité. Ce titre nous rappelle que Cohen, à la fois poète, auteur-compositeur-interprète, moine bouddhiste zen, juif farceur et charmeur émérite, a toujours aimé balayer la solennité d’un revers de main avec la présence d’esprit d’un fossoyeur pris au piège dans une mine d’or. Ne s’est-il pas déjà qualifié de «grocer of despair» (marchand de désespoir)?
You Want It Darker n’est pas qu’un simple album sur l’amour et la mort. Couronnant sa carrière, qui l’a mené en tournée triomphale à travers le monde à l’approche de ses 80 ans, il arrive plutôt telle une œuvre monumentale certes, mais triste. Avec des arrangements musicaux dignes d’un requiem et des paroles qui soulignent son abdication («I’m leaving the table / I’m out of the game»: Je quitte la table / Je suis hors-jeu), cet opus pourrait être son dernier. C’est aussi l’un de ses meilleurs: les neuf chansons qui le composent se dévoilent avec la grâce et la gravité d’un dernier testament. Plus touchant encore: c’est son fils, Adam, auteur-compositeur-interprète, qui a produit l’album et qui a capturé la voix de son père dans l’intimité de sa maison, à Los Angeles.
Affaibli par de «graves blessures au dos et d’autres maux désagréables, mais passagers», Leonard Cohen avait abandonné la préparation de cet enregistrement après «une année d’intenses labeurs». Adam, 45 ans, est venu à sa rescousse. «Il sentait que mon rétablissement, ma survie même, dépendait de mon retour au travail», note Leonard Cohen dans la pochette du CD. «Il a pris mon projet en main, m’a installé dans un fauteuil médical pour me permettre de chanter et a mené mes chansons à terme.»